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Maître de la «comédie grinçante» | Les Soupers de Boudreault

2 février 2011

Comédien et metteur en scène autant qu'auteur dramatique, Simon Boudreault s'amuse à « essayer des affaires ». Le résultat est généralement surprenant.

Sa dernière pièce, Sauce brune, a attiré beaucoup d'attention et continue d'être jouée ici et là. L'action se déroulait dans la cuisine d'une cafétéria d'école, où les quatre protagonistes s'exprimaient presque uniquement en sacrant.

Cette fois-ci, la pièce met en scène un jeune obèse, créateur de jeux vidéo, et se passe au restaurant.

« Il n'y a pas de jurons, cette fois, la pièce est écrite dans une langue à peu près normale », dit Boudreault, qui assure la mise en scène.

« Là où j'expérimente, cette fois, c'est dans la structure de la pièce. Le personnage est un obèse. On le suit quand il est en train de souper, avec sa mère, avec sa soeur, avec une collègue de travail ou seul à la maison avec son chat. »

« Mais c'est fait de façon non chronologique. Il passe sans cesse d'un souper à l'autre. »

PARMI LES SPECTATEURS

La mise en scène est directement inspirée par la salle où la pièce sera jouée: la petite salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui - où la troupe de Boudreault, les Simoniaques, est en résidence pour les deux prochaines années.

« La salle est assez petite, alors, il n'y aura pas de scène et pas de gradins. Que des tables. Les spectateurs seront attablés ; les comédiens aussi. Le personnage principal, Marc-Antoine, circule d'une table à l'autre. Il n'y aura pas de quatrième mur. »

Bon alors, un obèse, spécialiste de jeux vidéo qui rebondit entre sa mère, sa soeur et une collègue de travail, à table, au restaurant. C'est quoi, l'idée?

« Il fallait faire un texte sur la société nord-américaine, dit Boudreault. J'ai choisi d'explorer notre rapport avec la nourriture et avec la réalité. »

Ce sera une première à Montréal demain, mais Soupers a été créée en espagnol, à Buenos Aires. « Mais je ne l'ai jamais vue », dit l'auteur. La pièce a été écrite dans le cadre d'un programme d'échanges entre deux pays, qui s'est arrêté en chemin faute d'argent.

TOUS UN PEU VOYEUR

« On est toujours un peu voyeur, au restaurant, dit Boudreault. Souvent, pour se mettre en relation, on va au restaurant. On va souper. Les gens choisissent d'aller au restaurant pour régler des problèmes, vivre des situations, heureuses ou pas. C'est comme si le fait de manger adoucissait les choses, nous servait de protection. On est toujours tenté de les espionner un peu. » Créateur de jeux, Marc-Antoine vit à mi-chemin entre la réalité et le monde virtuel, comme la plupart d'entre nous, de plus en plus.

Mais il y a autre chose. « Dans les jeux vidéo, on joue des rôles, mais est-ce vraiment différent dans la vraie vie? »

« Notre réalité personnelle, notre personnage dans la vie sont influencés par l'image que les autres ont de nous, les attentes qu'ils ont à notre égard », dit Boudreault.

« Marc-Antoine se débrouille assez mal avec ces différents rôles que lui imposent ses interlocutrices. »

« Notre perception de sa vraie nature va évoluer au cours de la pièce, qui est construite comme une espèce de polar de la vie quotidienne. »

Soupers, texte et mise en scène de Simon Boudreault, avec Sophie Clément, Alexandre Daneau, Caroline Lavigne et Catherine Ruel.

Théâtre d'Aujourd'hui, salle Jean- Claude Germain, du 8 au 26 février.

 

Benoît Aubin, Canoe